(Avec une autorité inattendue, imposante.) Barois, il faut vaincre cette conspiration de mensonges, de sous-entendus et de silences, qui bâillonne la vérité. Il faut qu'une parole accréditée se fasse entendre... Qu'un homme, dont la droiture est reconnue de tous, soit averti, soit convaincu, et que sa conscience crie tout haut, pour nous tous!

Il s'est soulevé sur les mains, et à travers ses linges, il fixe Barois, pour voir s'il a compris son désir.

Le masque de Barois, éclairé à plein par la petite flamme, reste dur et impassible.

WOLDSMUTH (précisant, avec une supplication de la voix).—Il faut, en un mot, que Luce reçoive la visite de Bernard Lazare. (Mouvement de Barois.) Il faut qu'il consente à l'entendre, sans parti-pris, avec sa seule bonne foi et sa probité.

(Brandissant les feuillets.) Il faut que cet appel soit imprimé à cent mille exemplaires!

Il y a là une mission de justice, à laquelle ni moi, ni vous, ni lui, ne pouvons plus nous dérober!

Barois fait mine de se lever.

WOLDSMUTH.—Attendez, Barois, ne vous prononcez pas. Non, non, ne me dites rien... Patientez, écoutez... (Suppliant.) Ne vous raidissez pas, Barois... Vous allez être juge: soyez seulement impartial... Je veux vous lire des fragments, je veux que vous soyez pénétré par cette longue clameur vers la justice...

(Fébrilement.) Voyons... Ceci, d'abord:

«Le capitaine Dreyfus a été arrêté à la suite de deux expertises contradictoires.