ZOEGER.—Quoi qu'il en soit, j'estime que l'attitude de Cavaignac est très heureuse pour nous.

PORTAL.—Heureuse pour nous?

ZOEGER.—Evidemment. Voilà un ancien ministre de la Guerre, qui, devant la Chambre, en pleine tribune, est venu affirmer solennellement qu'il existe une pièce décisive, d'après laquelle la culpabilité de Dreyfus ne peut pas être mise en doute. En bien, le jour où il sera publiquement démontré que c'est faux, que la pièce en question n'existe pas, ou que, si elle existe, c'est un document refait après coup pour les besoins de la cause et antidaté,—ce jour-là, l'opinion du pays sera fortement ébranlée! J'en fais mon affaire. Ou alors c'est qu'on nous aura changé la France!

CRESTEIL (tristement).—Vous n'avez jamais rien dit de si vrai...

PORTAL.—Tout ça va être discuté au procès Zola.

Rentrée de Barois.

BAROIS (assez troublé).—C'est Woldsmuth qui me téléphonait... Il vient d'apprendre qu'il est question de limiter la plainte contre Zola, en ne relevant que ses imputations relatives au conseil de guerre de 1894, et en négligeant les autres. Je me demande dans quel but...

PORTAL (se levant).—C'est très important!

CRESTEIL.—Mais ils n'en ont pas le droit!

PORTAL.—Je vous demande pardon.