DES VOIX.—Chut! chut!
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—... «Je répéterai le mot si typique du colonel Henry: «On veut de la lumière? Allons-y!»
Son timbre métallique, provoquant, sonne dans la vaste enceinte, devenue enfin silencieuse et immobile.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Au moment de l'interpellation Castelin, il s'est produit un fait que je tiens à signaler. On a eu, au ministère de la Guerre,—et remarquez que je ne parle pas de l'affaire Dreyfus,—la preuve absolue de la culpabilité de Dreyfus, absolue! et cette preuve, je l'ai vue!»
Il s'est tourné vers les jurés, puis vers la défense, puis vers le public. Un sourire de défi anime son masque dur d'escrimeur.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Au moment de cette interpellation il est arrivé au Ministère de la Guerre un papier dont l'origine ne peut être contestée, et qui dit—je vous dirai ce qu'il y a dedans:—«Il va se produire une interpellation sur l'affaire Dreyfus. Ne dites jamais les relations que nous avons eues avec ce juif.»
«Et, Messieurs, la note est signée! Elle n'est pas signée d'un nom connu, mais elle est appuyée d'une carte de visite, et, au dos de cette carte de visite, il y a un rendez-vous insignifiant, signé d'un nom de convention, qui est le même que celui qui est porté sur la pièce, et la carte de visite porte le nom de la personne...»
Une légère pause.
L'auditoire a eu un bref frémissement, et il demeure haletant, considérant tour à tour le tribunal, le témoin, Zola qui n'a pu réprimer un mouvement d'indignation, et les jurés, sur la figure banale desquels il y a comme un bien-être, une impression de soulagement.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX (d'une voix triomphante qui claironne).—«Eh bien! Messieurs, on a cherché la révision du procès par une voie détournée; je viens vous donner ce fait. Je l'affirme sur mon honneur! Et j'en appelle à M. le général de Boisdeffre pour appuyer ma déposition.
«Voilà ce que je voulais dire!»