Un trépignement général, prolongé, au-dessus duquel crépite un tonnerre d'applaudissements.
Luce reste les bras croisés, très pâle, son large front penché en avant, les yeux tristement levés vers le prétoire. Ses amis échangent des regards violents, chargés de révolte; mais ils demeurent abattus, immobilisés par ce coup de massue que rien ne faisait prévoir.
BREIL-ZOEGER (à mi-voix).—C'est un faux!
BAROIS (avec un haut-le-corps).—Parbleu! (Il montre du doigt un groupe d'officiers, sanglés dans leurs dolmans, levant leurs mains gantées de blanc pour applaudir frénétiquement.) Mais essaye donc de leur faire admettre ça!
Labori s'est dressé, de toute sa stature d'athlète, offrant aux coups son poitrail de lutteur. On n'entend pas ce qu'il dit. Il semble donner de son front bas contre un mur. Sa bouche est ouverte, toute ronde. Avec des gestes véhéments il s'adresse au Président qui paraît vouloir lui couper la parole.
Enfin, dans une accalmie, on distingue une interruption du Président, lancée d'une voix tranchante:
M. LE PRÉSIDENT.—«Mais, maître Labori...»
Me LABORI (exaspéré).—«Oh, Monsieur le Président...»
M. LE PRÉSIDENT (avec hauteur).—Le témoin vient de parler. Avez-vous une question à poser?»
Me LABORI.—«Permettez, Monsieur le Président, ici...»