Cette fois l'assertion est si mal défendable,—après l'émouvante comparution de Me Salle, à qui le Président a dû défendre de dire ce qu'il savait, et après la déposition formelle de Me Demange—que la salle n'ose plus manifester, favorisant par un silence irrésolu les tonitruantes protestations des amis de Dreyfus.
Le général de Pellieux, surpris de cet accueil, hésite.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Je ne sais pas...»
Des ricanements l'interrompent.
Il fait un brusque demi-tour, offrant au public l'honnêteté de son visage rude, et, au fond des yeux caves, la franchise d'un regard hautain, habitué à d'autres horizons.
D'une voix sans réplique, d'une voix d'officier qui sait arrêter net une mutinerie de troupes, il cingle toutes les faces souriantes.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Je demande à ne pas être interrompu par des ricanements!»
Il reste quelques secondes impassible, immobilisant la foule sous son regard.
Puis, froidement, il se retourne vers le tribunal.
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX.—«Je ne sais pas si l'on a écouté avec suffisamment d'attention la déposition qu'a faite l'autre jour le colonel Henry. Le colonel Henry a fait remarquer que le colonel Sandherr lui avait remis un dossier secret; que ce dossier secret avait été scellé avant la séance du conseil de guerre, et qu'il n'avait jamais été ouvert. J'appelle l'attention de MM. les jurés là-dessus.