Les amis de Zola sont reconnus et conspués.
—Reinach!... Luce!.. Bruneau!... Mort aux traîtres!... Vive l'Armée!...
Des bandes sillonnent comme des courants, le flot des curieux monômes d'étudiants, files de malandrins, conduits par des jeunes gens du Faubourg.

Sur tous les chapeaux, en exergue, comme un numéro de conscrit, s'étale une feuille qu'on distribue par milliers dans les rues:

RÉPONSE DE TOUS LES FRANÇAIS
A ÉMILE ZOLA
MERDE!...

Des officiers, en uniformes se frayent un chemin au milieu des applaudissements.

Des isolés, qui ont le nez juif, sont pris, entourés et malmenés par des gamins frénétiques, qui dansent autour d'eux des rondes de sauvages, en brandissant des torches en flammes, faites avec des Aurores roulées; l'effet est lugubre dans la nuit commençante.
Au coin du quai, Julia, Barois et Luce s'arrêtent pour attendre les autres.

Tout à coup, une jeune femme, élégamment mise, se précipite vers eux. Ils s'effacent, la croyant poursuivie, prêts à la protéger. Mais, en un clin d'œil, elle a foncé sur Luce, s'est accrochée à son vêtement, et lui a arraché sa rosette.

LA FEMME (s'enfuyant).—Vieille fripouille!

Luce la suit des yeux, avec un sourire navré.


Une heure plus tard
Luce, Barois, Julia, Breil-Zoeger et Cresteil, longent à petits pas, la grille du jardin de l'Infante.