ZOEGER (montrant le journal déplié à terre; rire bref).—C'est notre jour des cendres...
Sourires.
Barois s'approche de Luce pour prendre congé.
CRESTEIL (brusque, à Barois).—Vous rentrez par le Bois? Je vous accompagne...
LUCE.—Voyez-vous, le grand mal, c'est que le peuple français n'est pas un peuple moral: et pourquoi? parce que, depuis des siècles, la politique et l'intérêt priment le droit. C'est une nouvelle éducation à faire... Notre but n'est pas atteint, c'est vrai, mais il n'est pas manqué pour ça, il est en voie de réalisation. (Serrant la main de Cresteil.) Vous aurez beau dire, Cresteil, c'est un fameux siècle, celui qui a commencé par la Révolution et qui finit par l'Affaire!
CRESTEIL (avec une sombre désinvolture).—C'est aussi celui de la fièvre, des utopies et des incertitudes, des échafaudages hâtifs et des malfaçons. Nous ne savons pas. On l'appellera peut-être le siècle de la camelote!
Une allée du Bois.
Fin de journée, très douce.
Cresteil, énervé, presse le pas.
CRESTEIL (sur un ton différent, confidentiel).—Quand je me retrouve avec les autres, vous avez vu, je m'emballe, j'ai des airs convaincus... Mais quand je suis rendu à moi-même, ah la la! Non, mon cher, c'est fini, je ne peux plus me payer de mots... J'en ai trop vu, je sais trop bien ce qu'est la vie, la foire que c'est, la vie!... Le bien, le devoir, la vertu, allons donc! Des déguisements de nos instincts égoïstes, notre seule réalité. Ah, fantoches!
BAROIS (ému).—Voyons, voyons, mais c'est pitoyable, ce que vous me racontez-là!