(Tournant des pages.) Que Jésus ne s'est jamais cru Dieu, ni prophète, ni fondateur de religion, si ce n'est à la fin de sa vie, grisé par la crédulité de ses disciples...

Qu'on a été très long à édifier et à préciser le dogme de la Trinité, et qu'il a fallu plusieurs réunions de conciles pour fixer la double nature du Christ, faire la part de son humanité et de sa divinité... Bref: qu'il a fallu des années de controverses pour constituer ce dogme et le rattacher avec quelque vraisemblance aux paroles prononcées par Jésus; alors qu'au catéchisme, on nous l'enseigne, ce dogme de la Trinité, dès les premières leçons, comme une vérité élémentaire, toute simple, révélée par Jésus lui-même, et si claire, qu'elle n'a jamais été contredite par personne!

(D'autres pages.) Et ça! L'Immaculée conception... Une invention presque récente! Qui n'a pris naissance qu'au XIIe siècle, dans le cerveau mystique de deux moines anglais! Qui n'a été discutée et formulée qu'au XIIIe! Dont l'unique point de départ est la faute grossière de je ne sais quel traducteur grec, lequel s'est servi à tort du mot grec παρθένος jeune fille, pour traduire l'ancien mot hébreux, qui qualifiait naturellement Marie de jeune femme...

Vous souriez? Vous saviez tout ça? (Déçu.) Alors vous ne pouvez pas bien comprendre ce que j'ai pu éprouver à de pareilles lectures... Notez que je ne sais même pas encore si c'est exact. (Schertz fait signe que oui.) Mais que cela puisse être imprimé, tout au long, avec la signature d'un savant aussi sérieux, aussi circonspect que Brunois, c'est inouï! Le ton de l'article, surtout, est déroutant: ces objections sont rappelées là incidemment, pour appuyer la thèse, sans même être discutées, comme autant de vérités acquises aujourd'hui, comme autant de points d'histoire définitivement élucidés! Simplement, un renvoi, pour indiquer où les ignorants comme moi peuvent trouver la démonstration raisonnée de chacune de ces affirmations! Et je vous cite cet article parce que je viens de le lire. Mais de tous les côtés, dans tous les domaines, je me heurte à des réfutations!

Tout le savoir moderne est donc en contradiction absolue avec notre foi?

SCHERTZ (affectueusement).—Je vous croyais en relation avec un abbé de Buis, un prêtre instruit...

JEAN.—Bah... C'est un homme actif, un saint, qui n'a jamais eu un doute sérieux, et qui d'ailleurs, si cela lui arrivait, en triompherait tout de suite, par l'action. (Sourire rancunier.) Il m'a prêté des bouquins de théologie...

SCHERTZ.—Eh bien?

JEAN (levant les épaules).—J'y ai trouvé des arguments spécieux et verbeux, présentés comme s'ils étaient inattaquables, mais que la moindre réflexion crève comme des outres gonflées. Ça ne peut convaincre que des convaincus. Je vous scandalise?

SCHERTZ.—Mais non, aucunement. Je vous comprends très bien.