JEAN.—Vrai?

SCHERTZ.—Mieux que vous ne pouvez croire...

Jean ébauche un geste étonné que Schertz arrête de la main.

SCHERTZ.—Continuez, voulez-vous?

JEAN.—Mais voilà... C'est tout... Chaque fois que je veux raisonner, avec l'espoir de consolider ma foi, ou simplement chaque fois que je cherche à analyser mon inquiétude, je sens que je porte un nouveau coup à mes croyances... C'est en cherchant à prouver sa foi qu'on l'ébranle: j'en ai fait l'expérience. J'ai beau faire: ça croule...

SCHERTZ (vivement).—Non, non.

JEAN.—Ah, je vous assure que je ferai tout pour éviter ça! (Avec abandon et angoisse.) Il existe peut-être des gens qui peuvent se passer de religion? Moi pas. J'en ai besoin, besoin, comme de manger ou de dormir. Sans religion je serais, je ne sais pas, comme un arbre dont les racines n'auraient plus de sol, plus de nutrition possible! Tout s'en irait d'un seul coup... Ah, c'est terrible, mon cher; je me sens catholique jusqu'au fond des moelles! Je m'en aperçois mieux encore depuis que j'ai tant à lutter: tout ce que je pense, tout ce que je veux, tout ce que je fais, est déterminé en moi par un sens catholique qui fait partie de ma nature; et s'il m'arrivait de perdre ce sens-là, ma vie entière reposerait pour toujours sur une absurde contradiction!

SCHERTZ.—Mais enfin, cette crise morale a des intermittences? Il y a des jours encore où vous pouvez vous rapprocher de Dieu?

JEAN (perplexe).—Je ne sais pas comment vous dire... Au fond, je n'ai pas vraiment l'impression que je m'écarte de Dieu ... même quand je doute de lui... (Souriant.) Je ne peux pas vous expliquer...

L'abbé fait signe qu'il comprend très bien.