JEAN (après avoir réfléchi).—En somme, le problème angoissant est celui-ci: Tout se tient dans la religion catholique: la foi, le dogme, la morale, l'émotion intérieure de la prière; tout se tient... (Schertz fait un geste de dénégation que Jean ne remarque pas...) Et si on en rejette une fraction, on perd l'ensemble!

L'abbé se lève, et fait quelques pas, les mains derrière le dos.

SCHERTZ.—Ach! mon ami, comme nous vivons une heure tragique de la vie religieuse des hommes!

Il s'arrête devant Jean et le considère, gravement.

SCHERTZ (d'une voix mesurée).—Voyons, pour résumer: d'une part, votre raison, qui se blesse à des points de dogme et qui refuse de les accepter; et, d'autre part, votre sensibilité religieuse, vivace, très vivace, qui a goûté Dieu, si je puis dire, et qui ne peut plus s'en passer?

JEAN.—Exactement. Sans compter une crainte instinctive, qui a ses racines dans mon enfance et dans mon atavisme, sans doute: la terreur de perdre la foi.

SCHERTZ.—Oui. Eh bien, mais c'est à peu près ce que j'ai éprouvé moi-même!

JEAN.—Ah? Quand?

SCHERZ.—Lorsque j'ai quitté le séminaire.

JEAN (impatiemment).—Et ... maintenant?