SCHERTZ (montrant sa soutane et souriant).—Vous voyez...
Il repousse de la main l'interrogation de Jean.
SCHERTZ (posément).—Voulez-vous me laisser citer mon propre exemple?
Jean lui adresse un sourire reconnaissant.
L'abbé se carre dans son fauteuil, le visage sur ses mains croisées, les paupières plissées, le regard lointain.
SCHERTZ.—Jusqu'à l'ordination, je n'avais pas beaucoup étudié les sciences, mais j'étais très attiré, depuis longtemps; et j'ai commencé à étudier, aussitôt prêtre. Je me rends bien compte, à distance, de ce qui s'est passé; et cela arrive à beaucoup. (Avec respect.) C'est la discipline scientifique! On la découvre tout à coup; on s'y soumet passionnément; elle prend possession de vous; elle vous forge un cerveau neuf. Et puis, plus tard, un jour, quand on se tourne vers le passé, tout est changé: les choses autrefois habituelles, on les regarde, et c'est comme si on les voyait pour la première fois: on les juge... Et, de ce jour-là, c'est fini, on ne peut plus ne pas juger! Pas vrai?... Voilà la discipline scientifique!
JEAN.—Oui: on ne peut plus s'empêcher de voir...
SCHERTZ (souriant).—Moi, je ne savais pas, j'ai cru que je pouvais retourner en arrière. J'ai fermé tous les livres, et je suis parti pour le monastère de Brügen. (Hésitant.) Une...
JEAN.—Une retraite?
SCHERTZ.—Une retraite. Cinq mois, pendant le plein hiver... D'abord j'ai tenté une consultation des Pères; beaucoup étaient instruits. Mais ils affirmaient, et moi je raisonnais; c'était toujours le même malentendu... Ils riaient à la fin, et disaient toujours: «Rien d'impossible pour Dieu.» Alors, quoi répondre?