L'un m'a dit, un jour: «Ce qui m'étonne, c'est qu'avec de pareilles pensées, vous n'ayez pas perdu la foi...» Ah, j'ai beaucoup réfléchi là-dessus. C'était vrai: ma foi n'était pas diminuée. Comme vous le disiez tout à l'heure pour vous. J'avais la conviction intérieure,—pour ainsi dire une certitude—que rien n'était modifié. Impossible d'éprouver un remords. Je me sentais soumis à quelque chose qui était plus fort que ma volonté, et, en même temps, très élevé, et si respectable...
Alors, que faire? J'ai cherché à transiger.
JEAN (secouant la tête).—Une voie dangereuse...
SCHERTZ.—J'étais bien obligé de reconnaître, devant les arguments scientifiques si nets, que la lutte était inutile. Et ne pas faire, comme certains prêtres savants, des demi-concessions, insuffisantes. Non: reculer courageusement, fier d'être sincère, et avec l'assentiment de Dieu au fond de la conscience.
(Un temps.)
Ainsi, j'ai quitté Bürgen, et je suis rentré à Berne, et je me suis appliqué à approfondir avec les livres et la réflexion, toutes ces questions.
(Gaiement.) Ach! mon ami, quand on regarde, quelle inégalité vraiment des deux camps en présence! D'un côté, les adversaires de l'Église,—je parle seulement des vrais savants, ayant fait œuvre.—Et de l'autre, nos apologistes du catholicisme, qui se lamentent et brandissent de vieux arguments tout gâtés, et finalement menacent d'anathème! A qui, malgré soi, va la confiance? L'attitude de Rome est véritablement incompréhensible; il faut l'étudier de près pour s'en convaincre! Elle attaque la science moderne en ignorant tout des faits actuels. Elle ignore jusqu'à la plus élémentaire méthode: impossible de discuter. Pour cela même, voulant soutenir trop, elle rend sa thèse entière insoutenable. J'ai eu besoin de deux années pour acquérir cette conviction, mais je ne regrette pas: grâce à ces années de travail, j'ai reconquis pour toujours la paix intérieure.
JEAN.—La paix intérieure...
L'abbé se penche en avant, comme pour demander à Jean toute son attention.
SCHERTZ.—Mon ami, je suis parvenu à cette distinction capitale: