BAROIS (doucement).—Mais cette certitude, Marie, sur quoi donc l'asseyez-vous si solidement?
Elle se contracte; mais elle ne veut pas se dérober.
MARIE.—Quand on a éprouvé ce que j'ai éprouvé, père... Je ne sais pas comment vous dire... La présence même de Dieu... Dieu qui pénètre l'âme, qui l'inonde d'amour, de bonheur... Ah, quand on a éprouvé ça, ne fût-ce qu'une fois dans sa vie, tous ces raisonnements que vous échafaudez pour vous prouver à vous même que votre âme n'est pas immortelle, qu'elle n'est pas une parcelle de Dieu, tous vos raisonnements, père...! (Un sourire souverain...)
Barois ne répond pas.
Il pense:
—«Ce que j'ai éprouvé... Là-contre, il n'y a rien à faire, il n'y aura jamais rien à faire!
«Si seulement je pouvais empêcher qu'elle ne prenne une résolution irréparable...»
BAROIS.—Est-ce que votre mère vous encourage dans cette voie?
Marie baisse la tête avec une expression douloureuse et têtue.
BAROIS (stupéfait).—Comment? Vous ne lui avez rien dit encore?