Marie ne répond pas.
BAROIS.—Mais pourquoi? Vous pensez donc qu'elle s'y opposerait?
Un temps.
BAROIS.—Voilà le meilleur des avertissements: il est en vous-même... Quel que soit votre désir d'être religieuse, vous sentez, devant une pareille décision, tant de chagrins à franchir, que vous n'avez même pas osé...
MARIE (prête à pleurer).—Pourquoi lui aurais-je fait cette peine dès maintenant? J'ai pitié. Maman n'a jamais été heureuse...
Elle a parlé vite, sans réfléchir. Elle rougit.
Barois ne semble pas avoir compris. Il se penche vers elle.
BAROIS.—Marie, écoutez-moi... Je ne veux pas discuter avec vous; il ne s'agit pas de votre foi. Vous avez lu dans mes articles tous les arguments que je pourrais développer; ils ne vous ont pas convaincue,—n'en parlons plus...
(Longue aspiration.) Vous voyez, ce n'est pas le libre-penseur qui parle... C'est simplement l'homme de cinquante ans, l'homme de bon sens, qui a vu des idées se modifier au cours d'une même vie! S'engager, à vingt ans, se lier pour toujours... Quelle folie! Des serments éternels! Songez à tout ce qui peut encore se passer en vous et que vous ne soupçonnez pas, à tout ce que l'âge, et la réflexion, et les circonstances, pourront modifier...
Geste de Marie: «Oh, je suis bien sûre de moi!»