ZOEGER.—Nous y étions tous.

BAROIS.—Qui conduisait le deuil?

ZOEGER.—Le père Cresteil, en colonel.

BAROIS.—Ah, il avait encore son père? Il n'en parlait jamais...

ZOEGER.—Tout était mystérieux dans sa vie.

BAROIS.—Et tu ne sais toujours pas ce qu'il allait faire à Genève?

ZOEGER.—Non. Mais je suppose qu'il allait se tuer, simplement. Il devait logiquement en arriver là... (Un temps.) Des détails poignants: il avait brûlé tout ce qui pouvait le faire reconnaître: il s'était même rasé la moustache, en wagon! La police a mis quatre jours à retrouver son identité... Hein? cette hantise, non seulement de mourir, mais de disparaître...

BAROIS (les yeux pleins de larmes).—Ah, mon pauvre ami, que la vie est...

Il n'achève pas. Breil-Zoeger ne répond rien; de son œil jaune, il mesure les ravages de la pleurésie.

Barois avait des cheveux noirs, emmêlés; beaucoup sont tombés, en quelques jours. Les yeux sont creusés, le regard est las, les paupières alourdies; le corps se tasse au fond de la chaise-longue. Les mains reposent, molles.