BAROIS.—Vous avez une sagesse qui accepte tout ce qui arrive... C'est la différence qu'il y a entre le bonheur et le malheur.
LUCE (souriant).—Il est si facile de ne chercher son bonheur que dans les satisfactions de la raison!
BAROIS (farouche).—Elles ne me suffisent plus!
Une pause.
BAROIS.—J'en ai assez de me débattre dans une vie dont le sens m'échappe...
Luce est assis, les bras croisés, les yeux à terre. Aux derniers mots de Barois, il lève son regard pensif et reste un instant avant de répondre.
LUCE.—Voilà le point malade... Mais pourquoi vouloir à tout prix porter un jugement définitif sur la vie? Pourquoi toujours poser ces problèmes insolubles?
BAROIS (violence soudaine).—Pourquoi? Mais parce que, si je disparais, moi, avant d'en avoir la clef, mon effort n'aura abouti à rien! Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse, à moi, Barois, de penser que dans deux mille ans, on en saura peut-être un peu plus que nous? Cette énigme, c'est moi seul qu'elle oppresse!
LUCE.—Il faut se rappeler que Moïse n'est pas entré en Terre promise...
BAROIS (avec une animosité involontaire).—Ah, je ne sais vraiment pas comment vous êtes fait! On dirait que vous ne vous êtes jamais trouvé en tête à tête avec la mort! Vous avez eu des chagrins, pourtant, des deuils. Après la mort de votre femme...