SCHERTZ (vivement).—Non! L'essentiel, c'est de dégager la vérité dans la mesure où elle peut être bonne à chacun de nous.

Mettons-nous sur le terrain pratique: notre raison ne peut pas accepter le dogme, c'est un fait; au contraire, le symbole que nous en dégageons est clair, satisfait notre raison, et contribue à notre amélioration. Alors, comment hésiter?

JEAN.—Est-ce que ce n'est pas amoindrir la doctrine que de la dépouiller de ses formes traditionnelles? Le christianisme a toujours été, et reste une doctrine. «Allez et enseignez toutes les nations...» C'est l'acceptation intégrale de cette doctrine qui fait le chrétien.

SCHERTZ.—Mais c'est justement pour maintenir intégralement la doctrine, qu'il faut aujourd'hui en modifier la forme! L'histoire enseigne que les dogmes, pendant des siècles, ont pu se transformer, s'accroître, être soumis à l'évolution générale: vivre, en somme. Pourquoi maintenant les laisser immobiles dans la tradition, comme des momies? Puisque nous constatons que la religion actuelle n'est plus conforme aux besoins des consciences contemporaines, pourquoi n'aurions-nous pas le droit, à notre tour, d'ajouter quelque chose au travail des théologiens devanciers?

Quatre heures sonnent à Saint-Sulpice.

L'abbé se lève et touche l'épaule de Jean, qui regarde dans le vague.

SCHERTZ.—Nous recauserons de tout ça.

JEAN (comme au sortir d'un rêve).—Ah, je ne sais plus, moi... J'ai été si longtemps habitué à donner une valeur absolue aux formes traditionnelles... Il y a, dans la religion ainsi comprise, un manque d'unité qui me choque!

SCHERTZ (agrafant sa cape).—L'inégalité est partout. Pourquoi les hommes, tous si différents les uns des autres, n'auraient-ils pas des formules variables pour adorer le même Dieu?

(Souriant.) Il faut partir.