Cécile pousse un cri étouffé et l'étreint convulsivement; puis elle se détache brusquement pour la dévisager, comme si elle craignait d'être trompée; et, gémissant de tendresse, elle la serre de nouveau contre son cœur.
Marie se redresse, et sans se dégager, tend la main à son père; il l'embrasse en pleurant. Leurs yeux se rencontrent; Barois retrouve ce regard anxieux, durci, ce sourire crispé, qui est chez elle le signe extérieur de la foi; mais, dans son expression passée, il n'y avait pas tant de lumière.
MARIE.—Par pitié, maman, ne pleurez pas... Dieu vous donnera la force, la consolation... (La voix a perdu son timbre. Elle ajoute, malgré elle:) Si vous saviez comme je suis heureuse!
Cécile halète sur son épaule, zézayant des plaintes vagues.
CÉCILE.—Qu'est-ce que je vais devenir, Marie... Qu'est-ce que je vais devenir...
Marie tient sa mère doucement appuyée contre elle, et lui caresse le front.
MARIE (se tournant vers Barois).—Père, j'ai lu votre manifeste... Oui, c'est la dernière faveur que j'aie demandée... (Elle le considère, les yeux dans les siens. Et, brusquement, avec un éclat d'espoir:) Père, ces pages-là appellent Dieu!...
Barois secoue négativement la tête.
Cécile sanglote toujours, n'écoutant rien, balbutiant:—«Qu'est-ce que je vais devenir... Qu'est-ce que je vais devenir...»
Les regards de Marie vont de l'un à l'autre. Son cœur s'amollit une dernière fois de pitié humaine. Elle se penche pour atteindre la main de son père, et l'attire doucement près de sa mère.