«Je sens en moi une notion du divin, un sentiment de la perfection, qui ne peuvent pas être de pures sécrétions de mon cerveau imparfait et périssable. Je sens en moi l'existence d'une vie idéale, dont je ne trouve le point d'origine dans aucune partie de mon corps. Je sens en moi deux sortes de rapports, absolument distincts: ceux que j'ai avec le monde matériel, par l'intermédiaire de mes organes, et ceux que j'ai avec le monde spirituel. La mort, par la désagrégation des éléments matériels, supprime toute la première série de ces rapports; mais elle ne supprime pas la seconde. Et c'est là que je mets toute ma foi en la survivance de ma personnalité morale!»
«C'est alors qu'il m'a dit, lentement, avec un regard suppliant qui quêtait une réponse décisive:—«Mais ... une conscience n'existe qu'avec cette double forme de relations... Qu'est-ce que c'est qu'une conscience qui n'a plus de relation avec le monde matériel?»
«J'ai balbutié:—«Peu importe de se faire de la vie future une idée nette; l'important est que cette vie future soit certaine!»
«Il a lâché ma main.
«J'ai deviné que je l'avais atrocement déçu. La pitié m'a permis un suprême effort.
«Je me suis penché vers lui, répondant à sa pensée plus qu'à ses paroles:
—«Vous avez soif de certitude. Puisque la faiblesse de notre intelligence vous a refusé la vérité stable, pourquoi ne la demandez-vous pas à Dieu?»
«Il a fait un geste de désespoir.
«J'ai continué:—«Moi, prêtre, je ne puis vous apporter que des raisonnements. Mais Dieu peut vous toucher de sa grâce!...» Et avec toute l'autorité convaincante dont j'étais capable:—«Espérez, espérez... Ne vous défendez pas contre la foi... Ouvrez votre cœur, ne vous contractez pas, laissez pénétrer l'amour infini du Consolateur...»
«Puis j'ai pris les Evangiles qui étaient sur la table, et j'ai cherché le passage de St Marc: «Il en est du royaume de Dieu comme d'un homme qui a jeté de la semence en terre. Qu'il dorme, qu'il se lève de nuit et de jour, la semence germe et croît sans qu'il sache comment.»