«A mesure que je parlais, je voyais ses traits se détendre et son angoisse fondre. Il a renversé la tête, il pleurait.
«Moi, je ne pouvais détacher mes yeux de ce visage. Ainsi, c'est là que vient aboutir l'élan d'une pareille existence! Trahi par ce corps ravagé qui l'abandonne à moitié de sa course... Trahi par sa pensée, qui le portait vers un but inaccessible... Ah, trahison, trahison universelle!
«Le même soir.
«Comme elle est belle la religion qui apporte un remède à de pareilles souffrances! Elle seule peut donner le courage de vivre et de mourir, elle qui transforme l'effroi du mystère en une attraction sublime... La plupart d'entre nous ont bien davantage besoin de paix intérieure que de vérité; la religion leur est une autre nourriture que la science. Et c'est une belle mission que d'être ce messager d'espoir.
«Non, je ne quitterai pas l'Église. Je ne la perdrai pas... Je ne pourrais pas la perdre... Comment renier la tradition qui a fait l'humanité ce qu'elle est?
«J'étais insensé! Me séparer d'elle parce qu'elle est en retard sur la science humaine? Je comptais pour rien cet attachement de cœur, qu'aucune volonté pourtant ne parviendrait à rompre!
«Evidemment le sens littéral des dogmes me paraît aussi difficile à accepter aujourd'hui qu'il y a un an. Mais je me sens incapable de me créer hors de leur ombre, une unité, un équilibre.
«Je me contenterai, pour pouvoir vivre, de m'attacher à l'esprit plus qu'à la lettre. L'efficacité morale de la foi reste pour moi intacte.
«Ah, j'ai trop donné à l'Église de moi-même, j'ai trop connu la sueur d'agonie du jardin des oliviers! L'Église m'a trop supplicié, elle m'a fait verser trop de larmes, et elle m'a fait trop de bien...
«Nous sommes rivés l'un à l'autre, indissolublement...»