«Bonjour», dit Harvey.

Il n'aimait pas s'entendre appeler «jeune homme»; et, comme quelqu'un qu'on vient de sauver de la mort, il s'attendait à de la sympathie. Sa mère souffrait toutes les agonies chaque fois qu'il avait seulement les pieds humides, mais ce marin ne semblait guère ému.

«Voyons maintenant votre histoire. Il faut convenir que c'est providentiel pour tout le monde. Quel peut bien être votre nom? D'où venez-vous (nous soupçonnons que c'est de New York), et où alliez-vous (nous soupçonnons que c'est en Europe)?»

Harvey donna son nom, le nom du steamer, et fit de l'accident un bref récit qu'il entortilla de la demande d'être reconduit immédiatement à New York où son père paierait le prix qu'il faudrait.

«Hum, dit l'homme au menton rasé, sans que la fin du discours de Harvey eût paru l'émouvoir. Je ne peux pas dire que nous pensions rien de bien fameux d'un homme, ni même d'un jeune garçon, qui tombe par-dessus bord d'un paquebot comme celui-là par le calme plat. Encore moins s'il donne pour excuse qu'il avait le mal de mer.

—Excuse! s'écria Harvey. Croyez-vous que c'est pour plaisanter que je suis tombé par-dessus bord dans votre sale petit bachot?

—N'étant pas au courant de ce que peuvent être vos idées en matières de plaisanterie, je ne saurais me prononcer, jeune homme. Mais à votre place je n'insulterais pas le bateau qui, la Providence aidant, a été l'instrument de votre salut. En premier lieu, c'est un sacrilège. En second lieu, cela me gêne dans mes sentiments—et je suis Disko Troop, du We're Here de Gloucester, lequel vous semblez ne pas bien connaître.

—Je ne vous connais pas et peu m'importe, dit Harvey. Je vous suis assez reconnaissant de m'avoir sauvé et de tout le reste, cela va sans dire; mais je tiens à vous faire comprendre que plus vous vous hâterez de me ramener à New York, mieux vous serez payé.

—Ce qui veut dire—comment?»

Troop redressa la broussaille de son sourcil sur un œil bleu aussi doux que méfiant.