Dans la cabine du We're Here les papas s'inventoriaient l'un l'autre derrière leurs cigares. Cheyne savait bien quand il se trouvait en présence d'un homme à qui il n'y avait pas d'argent à offrir; de même il savait que ce que Disko avait fait, nul argent n'eût pu le payer. Il fut discret et attendit des ouvertures.
«Je n'ai rien fait à votre garçon ou pour votre garçon, sauf de le faire travailler un brin et de lui apprendre comment on se sert du «hog-yoke», dit Disko. Il a deux fois plus de tête que le mien pour les chiffres.
—En passant, dit Cheyne comme par hasard, dites-moi, qu'est-ce que vous comptez en faire, du vôtre?»
Disko ôta son cigare de sa bouche et désigna, d'un geste large, tout le tour de la cabine.
«Dan est un garçon très carré, et il ne me permet pas de penser pour lui. Il aura ce petit paquebot-là en bon état quand il me faudra carguer les voiles. Il n'a aucune velléité de quitter le métier, je le sais.
—Hum! Vous n'êtes jamais allé dans l'Ouest, Mr Troop?
—J'ai été jusqu'à New York une fois en bateau. Je ne sais pas me servir des voies ferrées; Dan pas plus que moi. L'eau salée, c'est bien assez bon pour les Troop. J'ai été presque partout…, par la voie naturelle, s'entend.
—Je suis en mesure de lui offrir toute l'eau salée qui peut lui être nécessaire jusqu'à ce qu'il devienne patron.
—Comment cela? Je croyais que vous étiez plutôt un roi des chemins de fer. C'est ce que Harvey m'a dit quand je me trompais dans mes jugements.
—Nous sommes tous sujets à nous tromper. Je pensais que peut-être vous saviez que je possède une ligne de chargeurs de thé. San Francisco à Yokohama. En tout, six… construits en fer, environ dix-sept cent quatre-vingts tonneaux chacun.