Le petit doris était propre comme un sou neuf. Il portait dans ses petits flancs une ancre minuscule, deux cruches d'eau et quelque soixante-dix brasses de fin cordage brun de doris. Une trompette de fer-blanc reposait dans des boucles de corde juste sous la main droite de Harvey, à côté d'un maillet de vilaine tournure, d'une courte gaffe et d'un bâton plus court encore. Une couple de lignes, garnies de plombs très lourds et de doubles hameçons, toutes deux enroulées avec soin sur des dévidoirs carrés, se trouvaient calées à leur place par le plat-bord.
«Où sont la voile et le mât?» demanda Harvey, car ses mains commençaient à avoir des ampoules.
Dan éclata de rire.
«On ne fait guère marcher à la voile les doris de pêche. On pousse, mais on n'a pas besoin de pousser si dur. Est-ce que tu ne voudrais pas l'avoir à toi?
—Bah! J'imagine que mon père pourrait m'en donner un ou deux si je les demandais,» répondit Harvey.
Il avait été trop occupé jusqu'alors pour penser beaucoup à sa famille.
«C'est vrai. J'oubliais que ton père est millionnaire. Hein, tu ne fais guère le millionnaire en ce moment. Mais tu sais qu'un doris avec le gréement et les accessoires—Dan parlait comme s'il se fût agi d'une baleinière—coûte des tas d'argent. Est-ce que tu crois que ton père t'en donnerait un pour en faire ton joujou favori?
—Ça ne m'étonnerait pas. Ce serait à peu près la seule chose pour laquelle je ne l'ai pas encore embêté.
—Hein! tu dois en faire un rude gâté à la maison, et en casser, de la monnaie. Ne fends pas l'eau comme cela, Harvey. C'est court, la vraie manière; il n'y a jamais de mer tout à fait calme, et les houles…»
Crac! La poignée d'aviron vint frapper Harvey sous le menton et le renversa les quatre fers en l'air.