«Il n'y a pas de lait? demanda Harvey, en faisant du regard le tour de la double et sombre rangée de couchettes comme s'il espérait trouver là une vache.

—Ah bien, non! dit le garçon. Et il n'y en aura vraisemblablement pas jusqu'aux environs de la mi-septembre. C'est pas du mauvais café. C'est moi qui l'ai fait.»

Harvey but en silence, et l'autre lui tendit une assiette pleine de morceaux croquants de porc frit qu'il dévora avidement.

Une grosse vague emporta Harvey dans la mer.

«J'ai fait sécher vos effets. Je pense qu'ils ont rétréci un brin. Ils ne sont guère à notre mode, aucun d'eux. Retournez-vous pour voir si vous n'avez pas de mal.»

Harvey s'étira dans toutes les directions, sans pouvoir se rendre compte d'aucun dommage.

«Y a du bon, dit le garçon d'un ton cordial. Mettez-vous d'aplomb et allez sur le pont. Papa veut nous voir. Je suis son fils—Dan, comme on m'appelle—et je suis l'aide de cuisine et tout ce qui à bord semble trop sale pour les hommes, c'est moi qui le fais. Il n'y a pas d'autre mousse que moi, ici, depuis que Otto a passé par-dessus bord—ce n'était qu'un Suédois, et encore il avait vingt ans. Comment avez-vous fait pour tomber par le calme plat?

—Ce n'était pas du calme, dit Harvey d'un ton maussade. C'était de la tempête, et j'avais le mal de mer. Je pense que j'ai dû rouler par-dessus la lisse.

—Y a eu un peu de houle comme d'ordinaire hier et pendant la nuit, dit le garçon. Mais si c'est ça l'idée que vous vous faites d'une tempête… (il siffla) vous en verrez d'autres avant d'avoir fini. Vite! papa attend.»