— Ce doit être très amusant, fis-je en replaçant un tiroir.

Et tout en parlant je me rendis compte de l’imbécillité de ma réplique.

— Vous… vous ne vous moquez pas de moi ? s’écria-t-elle. Je… je n’en possède aucun. Je n’ai jamais été mariée. Les gens se moquent quelquefois de moi à propos d’eux, parce que… parce que…

— Parce que ces gens-là sont des brutes ! répliquai-je. Il n’y a pas de quoi s’en faire de chagrin. Ce monde-là se moque de tout ce qui ne fait pas partie de son épaisse existence.

— Je ne sais pas. Comment saurais-je ? Seulement, je n’aime pas qu’on se moque de moi à cause d’eux. Cela fait mal, et quand on ne peut pas voir… Je ne veux pas paraître sotte (son menton, tandis qu’elle parlait, trembla comme celui d’un enfant), mais nous autres, aveugles, sommes tout en épiderme, je crois. Toute chose extérieure nous va droit à l’âme. Avec vous, c’est différent : vous avez en vos yeux de si bonnes défenses — de véritables sentinelles — avant que personne puisse réellement vous attrister dans l’âme ! Le monde oublie cela avec nous.

Je restai silencieux, à repasser ces inépuisables matières, — m’insurgeant contre la brutalité d’une époque encore de barbarie. Et je descendis ainsi fort loin au fond de moi-même.

— Ne faites pas cela ! dit-elle soudain en se mettant les mains devant les yeux.

— Quoi ?

Elle fit un geste de la main :

— Cela ! C’est… c’est tout pourpre et noir. Non, je vous en prie ! C’est une couleur qui fait mal.