— Tout ce qu’on pouvait recueillir de quelqu’un qui s’en vient au crépuscule demander satisfaction. Doucement, sahib. Que j’enlève ces bottes.

Je venais de céder au sommeil d’un homme qui n’en peut plus, lorsque j’entendis Strickland crier de son côté de la maison :

— Tietjens est revenue à sa place !

Elle y était revenue, en effet. Le grand lévrier était majestueusement étendu sur son propre lit, sur sa propre couverture, tandis qu’en la chambre voisine allait et venait, balayant la table, le vélum indolent et veuf.

DRAY WARA YOW DEE

Des amandes et des raisins, sahib ? Du raisin de Caboul ? Ou peut-être un poney des plus beaux si seulement le sahib veut bien venir avec moi ? Il a un mètre quarante au garrot, joue le polo, s’attelle à la charrette, porte une dame, et — par le Saint Kurshed et les Bienheureux Imams, c’est le sahib en personne ! Mon cœur est gonflé et mon œil satisfait. Puissiez-vous ne jamais ressentir de fatigue ! Telle l’eau fraîche au lit du Tirah, telle la vue d’un ami en un lieu éloigné. Et que faites-vous, vous, dans ce maudit pays ? Au sud du Delhi, sahib, vous savez le proverbe — « Rats les hommes, catins les femmes. » Comment, c’est sur un ordre ? Oh, alors ! Un ordre est un ordre jusqu’à ce qu’on soit assez fort pour désobéir. O mon frère, ô mon ami, nous nous sommes rencontrés en une heure propice ! Tout va-t-il bien dans le cœur, le corps et la maison ? Jour heureux que celui où tous deux nous nous retrouvons !

Je vais avec vous ? Grande est votre faveur. Y aura-t-il place pour les piquets dans le compound ? J’ai trois chevaux, les charges et le palefrenier. De plus, souvenez-vous que la police d’ici me tient pour un voleur de chevaux. Qu’est-ce qu’ils y connaissent aux voleurs de chevaux, ces bâtards des Lowlands ? Vous rappelez-vous le temps où Kamal — le vagabond qu’il était — menait tapage aux portes de Jumrud, et où il souleva les chevaux du colonel tous dans une nuit ? Kamal est mort maintenant, mais son neveu a repris l’affaire en main, et ce n’en est pas fini, qu’il se trouve encore des manquants parmi les chevaux, si les recrues de l’autre côté de la passe de Khaiber n’y veillent.

La paix de Dieu et la faveur de son Prophète soient sur cette maison-ci et tout ce qu’il y a dedans ! Shafiz-ullah, attache la jument pommelée sous l’arbre et tire de l’eau. Les chevaux peuvent rester au soleil, mais replie-leur les feutres sur les reins. Non, mon ami, inutile de les regarder. Ils sont destinés à être vendus à ces idiots d’officiers qui connaissent si bien le cheval. La jument est pleine à mettre bas ; le gris est un informe démon ; et l’isabelle… mais vous connaissez le truc de la cheville dans le sabot. Dès qu’ils seront vendus je retourne à Pubbi, ou, peut-être bien, dans la vallée de Peshawer.

O ami de mon cœur, que c’est bon de vous revoir ! J’ai passé ma journée à faire des courbettes et à mentir aux sahibs officiers par rapport à ces chevaux, et j’ai soif de franc-parler. Auggrh ! C’est une excellente chose que le tabac avant le repas. Allez de votre côté, car nous ne sommes pas dans notre pays. Asseyez-vous dans la verandah, et moi je vais étendre ici mon tapis. Mais il faut auparavant que je boive. Au nom de Dieu et pour le remercier, trois fois merci ! Voici, certes, une eau parfaite — aussi parfaite que l’eau de Sheoran lorsqu’elle arrive des neiges.

Ils sont tous heureux et bien portants dans le nord — Khoda Bash et les autres. Yar Khan est descendu du Kourdistan avec les chevaux — trois douzaines seulement, dont une bonne moitié en poneys de bât — et il a déclaré en plein sérail de Kashmir que vous devriez, vous autres Anglais, envoyer des canons faire sauter l’amir en enfer. Il y a, en ce moment, quinze péages sur la route de Kaboul ; et à Dakka, lorsqu’il se croyait hors d’affaire, Yar Khan s’est vu dépouillé de tous ses étalons du Balkh par le gouverneur ! C’est criant d’injustice, et Yar Khan est fou de rage. Pour ce qui est des autres, Mahbub Ali est encore à Pubbi, en train d’écrire Dieu sait quoi. Tugluq Khan est en prison pour l’affaire du poste de police de Kohat. Faiz Beg est descendu d’Ismail-ki-Dhera avec une ceinture bokhariote pour toi, mon frère, à la fin de l’année, mais personne ne savait où tu étais allé ; il n’était pas resté la moindre nouvelle. Les cousins ont pris un nouvel herbage près de Pakpattan pour élever des mules destinées aux charrettes du gouvernement, et il y a au bazar une histoire de prêtre. Oh, oh ! Un conte d’un salé ! Écoute…