— Oui, répondis-je. Et si je connais quelque chose aux enfants, l’un d’eux est en train de se payer du bon temps près de la fontaine là-bas. Échappé, j’imagine…
— Vous aimez les enfants ?
Je lui donnai une ou deux raisons pour lesquelles je n’avais pas lieu de tout à fait les haïr.
— Naturellement, naturellement, dit-elle. Alors, vous comprenez ? Alors, vous ne trouverez pas ridicule que je vous demande de promener votre automobile à travers les jardins, une ou deux fois… tout doucement ? Je suis sûr qu’ils aimeraient la voir. Ils voient si peu de choses, les pauvres petits ! On essaye de leur rendre la vie agréable, mais… (elle fit un geste des mains dans la direction des bois)… nous sommes tellement hors du monde ici !
— Ce sera superbe, répliquai-je ; mais je ne peux pas abîmer votre gazon.
Elle tourna le visage à droite.
— Attendez une minute, reprit-elle. Nous sommes à l’entrée sud, n’est-ce pas ? Derrière les paons se trouve un chemin dallé. Nous l’appelons la Cour des Paons. On ne peut le voir d’ici, me dit-on, mais en serrant de près la lisière du bois il n’y a qu’à tourner au premier paon pour atteindre les dalles.
C’était un sacrilège que d’éveiller avec le tapage d’un mécanisme ce devant de maison plongé dans le rêve, mais je fis aller et venir la voiture pour ne pas toucher au gazon, rasai de près la lisière du bois, puis, faisant demi-tour, m’engageai sur le large chemin dallé où reposait le bassin de la fontaine comme un énorme saphir étoilé.
— Puis-je venir aussi ? cria-t-elle… Non, merci, ne m’aidez pas. Cela ne fera qu’ajouter à leur plaisir, s’ils me voient.
Elle chercha légèrement sa route jusque devant l’automobile, et un pied sur le marchepied, cria :