— Enfants, oh, enfants ! Regardez ce qui va se passer !
La voix eût tiré de l’enfer des âmes en peine, pour l’élan de tendresse qu’on sentait au fond de sa douceur, et je ne fus pas surpris d’entendre derrière les ifs répondre un cri d’allégresse. Ce devait être l’enfant près de la fontaine, mais à notre approche il prit la fuite en laissant un petit bateau dans l’eau. J’aperçus la lueur de sa blouse bleue parmi les muets cavaliers.
Pleins de bonnes intentions, nous nous prélassâmes d’un bout à l’autre de l’allée, et sur la prière de l’aveugle recommençâmes. Cette fois-ci, l’enfant avait maîtrisé sa panique, mais se tenait éloigné et dans le doute.
— Le petit gaillard nous surveille, dis-je. Je me demande si une promenade ne serait pas de son goût.
— Ils sont encore très sauvages. Très sauvages. Mais, mon Dieu, que vous êtes heureux, de les voir ! Écoutons.
J’arrêtai sur-le-champ la machine, et le silence humide, lourd de la senteur du buis, nous enveloppa comme d’un épais manteau. J’entendais un bruit de ciseaux — sans doute quelque jardinier occupé à tondre, — un bourdonnement d’abeilles, et des voix entrecoupées qui pouvaient être le fait des pigeons.
— Oh, les méchants ! fit-elle d’un air las.
— Peut-être est-ce l’automobile qui les rend sauvages. La petite fille à la fenêtre paraît prodigieusement intéressée.
— Oui ? (Elle leva la tête.) J’avais tort de dire cela. Ils professent une véritable adoration pour moi. C’est la seule chose qui donne encore à la vie quelque prix… lorsqu’ils vous adorent, n’est-ce pas ? Je n’ose penser à ce que serait le lieu sans eux… En passant, dites-moi, est-ce beau ?
— Je crois que c’est le lieu le plus beau que j’aie jamais vu.