— Voyons, vous ne voudriez pas qu’un homme, avec tous les débouchés possibles que notre pays lui prodigue, aille traire des vaches dans un pré ? Un Chinois suffit pour cela. Il nous faut des races qui puissent s’assimiler, etc., etc.

— Mais l’Armée du Salut n’a-t-elle pas offert, il y a peu de temps, d’amener ici trois ou quatre mille Anglais ? Qu’est devenue cette idée ?

— On n’y a pas, — comment dirai-je ? — donné suite.

— Pourquoi pas ?

— Pour des raisons politiques, je crois. Il ne nous faut pas des Gens susceptibles d’abaisser le Niveau de la Vie. Voilà pourquoi les Japonais devront s’en aller.

— Alors pourquoi garder les Chinois ?

— Avec les Chinois on s’entend ; on ne peut pas se passer d’eux. Mais il nous faut une Émigration d’un Type tel qu’il lui soit possible de s’assimiler avec Notre Peuple. Je pense être clair.

J’espérais qu’il l’avait été.

Et maintenant écoutez ce qu’ont à dire une mère et une ménagère.

— Ce joli état de choses nous coûte notre santé et celle de nos enfants. Avez-vous entendu dire couramment « la Frontière fait souffrir les femmes et le bétail ? » Nous ne sommes pas sur la Frontière ici, mais à certains égards c’est pis parce que nous avons tous les luxes et toutes les apparences — du joli cristal et de l’argenterie, à étaler sur la table. Il faut les épousseter, les polir, les arranger une fois que notre travail de ménage est fini. Sûrement que cela ne vous dit pas grand’chose, à vous, mais essayez-en pendant un mois ! Nous n’avons pas de domestiques. En ce moment un Chinois coûte cinquante ou soixante dollars par mois. Nos maris n’ont pas toujours le moyen de payer ça. Quel âge me donnez-vous ? Je n’ai pas encore trente ans. Dieu soit loué en tous cas que j’aie empêché ma sœur de venir dans l’Ouest. Ah ! oui, c’est un beau pays — pour les hommes !