— Même s’il appartient à l’Union ? Pourquoi ?
— On lui dira que les conditions de Travail ne sont pas bonnes ici. Il sait fort bien ce qu’il faut entendre par là. Il fera demi-tour assez vite. Je fais pas mal d’affaires, et je ne puis m’exposer à entrer en lutte ouverte avec les Unions.
— Qu’arriverait-il au cas où vous le feriez ?
— Savez-vous ce qui se passe de l’autre côté de la Frontière ? On fait sauter les gens à coups de dynamite.
— Mais ici on n’est pas de l’autre côté de la Frontière.
— C’est bigrement trop près pour être agréable. Et puis, aux témoins, tout autant qu’aux autres, il arrive d’être dynamités. Voyez-vous, la situation créée par le Travail ne résulte pas de ce que l’on fait ou ne fait pas de notre côté, tout est géré là-bas. Vous avez pu vous rendre compte qu’en général on en parle avec précaution.
— Oui, je l’ai remarqué.
— Eh bien, tout cela n’est pas bien. Je ne dis pas que les Unions d’ici feraient quelque chose contre vous, — et, retenez-le bien, je suis partisan moi-même des droits du Travail, le Travail n’a pas de meilleur défenseur que moi-même ; j’ai été, moi aussi, ouvrier, bien que je sois patron aujourd’hui. N’allez pas croire, n’est-ce pas, que je sois contre le Travail.
— Pas le moins du monde. Je comprends fort bien. Vous trouvez seulement que le Travail agit, parfois, — comment dire — inconsidérément ?
— Voyez ce qui se passe de l’autre côté de la Frontière ! On a dû vous expliquer que cette petite affaire avec les Japonais à Vancouver a été manigancée en-dessous, n’est-ce pas ? Il m’est avis que les nôtres ne l’auraient pas fait tout seuls.