— On me l’a souvent répété. Est-ce jouer tout-à-fait beau jeu que d’incriminer un autre pays ?
— On voit que vous ne demeurez pas ici, vous. Mais, pour reprendre, si nous nous défaisons des Japonais actuellement, l’on viendra nous demander bientôt de nous défaire de quelqu’un d’autre. Il n’y a aucune limite, Monsieur, aux exigences du Travail, aucune !
— Je croyais que tout ce qu’ils demandaient c’était de bons gages pour du bon travail ?
— En Angleterre peut-être, mais ici ils ont l’intention de diriger le pays, ah, oui alors !
— Et le pays ? comment cela lui plaît-il ?
— Nous ne sommes pas loin d’en avoir assez. Ça n’importe pas beaucoup dans les moments de plein rendement, les patrons feront tout plutôt que d’arrêter le travail — mais lorsque les temps seront mauvais, vous en aurez des nouvelles. Notre pays est un pays riche, — malgré tout ce qu’on raconte — mais nous sommes arrêtés à tout propos par la main-d’œuvre. Voyez-vous, il y a des quantités et des quantités de petites affaires que des amis à moi désireraient lancer. Des affaires partout, si seulement on les laissait tranquilles — mais non !
— Ça, c’est dommage. A propos, que pensez-vous de la question Japonaise ?
— Je ne pense pas. Je sais. Les deux partis politiques jouent le jeu du vote du Travail, mais comprenez-vous ce que cela veut dire ?
Je m’efforçais de comprendre.
— Et pas un ne dira la vérité, à savoir que si l’Asiatique s’en va, ce côté-ci du Continent disparaîtra complètement, à moins que nous n’obtenions une immigration blanche libre. Pourtant tout parti qui proposerait l’immigration blanche sur une large échelle serait blackboulé aux prochaines élections. Je ne vous dis là que ce que pensent les Politiciens. Mon avis personnel est que si un homme osait résister au Travail — pas que j’en veuille le moins du monde au Travail — et parlait raison, bien des gens se rangeraient à son avis — sans bruit, bien entendu. Je crois qu’il obtiendrait, au bout d’un certain temps, même l’immigration blanche. Il serait blackboulé aux premières élections, ça va sans dire, mais en fin de compte… Nous en avons assez du Travail. Je tenais à vous dire la vérité.