En cela les Messieurs qui proposent que leurs voisins les entretiennent nous servent d’utiles alliés. Ils ont réussi à rendre inquiètes les classes se trouvant immédiatement au-dessus d’eux qui constituent la classe ouvrière anglaise. Cette classe, en effet, n’est pas encore contaminée par la tentation de la paresse entretenue par l’État, ou par le manque de responsabilité garanti par l’État. L’Angleterre a des millions de gens de cette espèce, silencieux, appliqués, accoutumés même maintenant à pourvoir aux besoins de leurs propres rejetons, à les élever dans la ferme crainte du Seigneur, et dans le seul désir de n’être récompensés que pour ce qu’ils ont fait. Il y a quelques années seulement cette classe n’aurait pas eu même l’envie de bouger ; aujourd’hui elle ressent l’inquiétude générale. Ils vivent dans son atmosphère. Des amis qui d’aventure leur viennent emprunter du sucre ou du thé leur ont appris en plaisantant, ou avec des menaces, que bientôt viendraient des jours heureux où celui qui refuserait de donner de bon gré en verrait de dures. La perspective ne fait appel ni à leur raison ni à leurs carnets de caisse d’Épargne. Ils entendent, — ils n’ont pas besoin de lire — les discours prononcés le dimanche matin. Une de leurs préoccupations est d’envoyer leurs enfants à l’école du dimanche par des voies détournées, de peur qu’ils n’entendent et n’apprennent d’abominables blasphèmes. Lorsqu’on dévalise les caisses de petites boutiques ou lorsque l’apache extorque de l’argent aux femmes de sa famille avec une brutalité plus grande qu’à l’ordinaire, ils savent, parce qu’ils souffrent, quels sont les principes que l’on met en pratique. Si on pouvait sans bruit indiquer à ces gens un moyen tranquille d’en sortir, beaucoup d’entre eux feraient rentrer leurs épargnes (ils sont plus riches qu’ils n’en ont l’air), et fileraient sans rien dire. Dans les campagnes anglaises, aussi bien que dans les villes, il existe un sentiment — qui n’est pas encore de la panique, mais une sorte de panique atténuée — que l’avenir ne sera rien moins que gai pour ceux qui travaillent, ou qui ont l’habitude de travailler. Tout cela est à notre avantage.
Le Canada pourra servir au mieux ses propres intérêts et ceux de l’Empire en exploitant systématiquement ce nouveau terrain de recrutement. Maintenant que le Sud de l’Afrique, avec la seule exception de la Rhodésie, se trouve paralysé, et que l’Australie n’a pas encore appris les choses qui sont nécessaires à sa paix, le Canada a la meilleure chance du monde d’attirer des hommes de valeur et des capitaux dans le Dominion. Mais les hommes ont beaucoup plus d’importance que l’argent. Il se peut qu’ils ne soient pas de prime abord aussi habiles avec la houe que l’habitant de Bessarabie ou que celui du Bokhariot, ou telle race à la mode, quelle qu’elle soit. Mais ils ont des qualités de courage, de bonne humeur, et certaine vertu à toute épreuve, choses pas entièrement à dédaigner. Ils ne se tiendront pas à l’écart de la vie de la terre ni ne feront des prières en des langues inconnues à des saints Byzantins ; tandis que, d’autre part, cette même ténacité, cette même prudence qui les a tenus attachés jusqu’à présent à l’Angleterre, les aideront à jeter de profondes racines ailleurs. Il y a plus de chance pour que, eux, plutôt que d’autres classes, amènent leurs femmes, et ces femmes-là fonderont des foyers sacrés et individuels. Une Colonie de la Couronne, peu estimée, dit proverbialement qu’aucune région n’est réellement colonisée tant qu’on ne voit pas de pots de musc sur les rebords des fenêtres — signe certain qu’une famille anglaise est venue s’y installer. On ne peut savoir exactement combien de gens, parmi la population étrangère que le bateau débarque, possèdent quelque chose d’approchant ces idées-là. Dans certain pays nous avons vu une panique financière renvoyer de véritables armées d’étrangers aux pays avec lesquels ils niaient toute allégeance. Que feraient-ils, ou ceux qui leur ressemblent, en temps de réel danger, puisque aucun instinct de leur corps ou de leur âme ne les forcerait à attendre jusqu’à ce que la tempête eût pris fin ?
A n’en point douter la conclusion de toute la question dans l’Empire entier ne doit-elle pas être qu’il faut amener des hommes et des femmes de notre souche, ayant nos habitudes, notre langue, nos espoirs, par tous les moyens possibles que comporte une politique bien réglée ? Le temps ne nous sera pas alloué en quantité suffisante pour que nous nous multipliions jusqu’au moment d’imposer une paix incontestable, mais en puisant dans l’Angleterre nous pourrons rapidement effectuer la transfusion dans ses veines de ce qui nous manque de sa force, et, grâce à cette opération, obtenir par une saignée bienfaisante sa propre santé de corps et d’esprit.
En attendant, le seul ennemi sérieux de l’Empire, dedans ou dehors, c’est cette même Démocratie qui dépend de l’Empire pour tout ce qui concerne son confort individuel, et en considération duquel nous insistons au moyen des arguments qui précèdent.
L’ÉGYPTE DES MAGICIENS
(1913)
- [VOYAGE SUR MER.]
- [RETOUR A L’ORIENT.]
- [UN SERPENT DU VIEUX NIL.]
- [EN REMONTANT LE FLEUVE.]
- [POTENTATS MORTS.]
- [LA FACE DU DÉSERT.]
- [L’ÉNIGME D’EMPIRE.]
Et de même firent les Magiciens de l’Égypte, grâce à leurs enchantements.
Exode, VII, 22.
VOYAGE SUR MER
J’avais quitté l’Europe dans le seul but de découvrir le Soleil, et des bruits couraient qu’on devait le trouver en Égypte.