« J’étais sidéré par cette folie… d’autant qu’il s’y ajoutait celle du dîner chez Radley.
« — Vous pouvez bien ouvrir les yeux, MacPhee, me dit le commis principal. Trois locomotives et du matériel roulant, et des poutres en fer… savez-vous où en est le fret à cette heure ?… et des pianos, et des articles de modes, et une cargaison de fantaisies de toute sorte pour le Brésil qui affluent dans le Grotkau… le Grotkau de la firme Jérusalem… et pendant ce temps-là on repeint le Lammerguyer !
« Parole, je crus le voir tomber d’apoplexie.
« Je ne pus que lui dire : « Obéissez aux ordres de vos armateurs, même si vous leur faites faire faillite », mais sur le Kite nous crûmes MacRimmon devenu fou : et MacIntyre du Lammerguyer fut d’avis de le faire interner par quelque bon moyen légal qu’il avait trouvé dans un bouquin de jurisprudence maritime. Et durant toute cette semaine-là les frets pour le Sud-Amérique ne cessèrent de monter. C’était une pitié.
« Puis Bell reçut l’ordre d’emmener le Kite à Liverpool, sur lest. MacRimmon, en venant nous dire adieu, geignit et se lamenta sur les hectares de peinture qu’il avait prodigués au Lammerguyer.
« — Je m’en remets à vous de les rattraper, dit-il. Je m’en remets à vous de me faire rentrer dans mes frais. Vrai Dieu, pourquoi n’êtes-vous pas encore démarrés ? Est-ce que vous le faites exprès de flâner en bassin ?
« — Qu’est-ce que ça fait, MacRimmon ? dit Bell. De toute façon nous arriverons à Liverpool le lendemain de la foire. Le Grotkau a pris tout le fret qui aurait pu nous revenir à nous et au Lammerguyer.
« MacRimmon rit et grimaça… le vrai portrait de la démence sénile. Vous savez qu’il fait jouer ses sourcils comme ceux d’un gorille.
« — Vous partez avec des instructions cachetées, dit-il, en toussotant et se grattant. Les voici… à ouvrir successivement.
« Quand le vieux fut reparti à terre, Bell dit, tout en maniant les enveloppes :