« Et j’entends un homme qui hurle :
« — Tiens bon, confiance et patience, voilà les autres éléphants qui arrivent.
« — Sainte Mère de Grâce ! que je dis, vais-je devoir monter à cru toute l’écurie ? Venez me mettre à bas, tas de capons !
« Alors une paire d’éléphants femelles accompagnés de mahouts et d’un sergent de l’intendance débouchent en tapinois du coin des casernes ; et les mahouts d’injurier la mère et toute la famille de notre vieux Putiphar.
« — Vois mes renforts, que je lui dis. Ils vont t’emmener à la boîte, mon fils.
« Et cet enfant de la calamité mit ses oreilles en avant et dressa la tête vers ces femelles. Son cran, après la symphonie que je lui avais jouée sur la boîte crânienne, m’alla au cœur. « Je suis moi-même en disgrâce, que je lui dis, mais je ferai pour toi ce que je pourrai. Veux-tu aller à la boîte comme un brave, ou résister comme un imbécile contre toute chance ? » Là-dessus je lui flanque un dernier gnon sur la tête, et il pousse un formidable grognement et laisse retomber sa trompe. « Réfléchis », que je lui dis, et : « Halte ! » que je dis aux mahouts. Ils ne demandaient pas mieux. Je sentais sous moi méditer le vieux réprouvé. A la fin il tend sa trompe toute droite et pousse un son de cor des plus mélancoliques (ce qui équivaut chez l’éléphant à un soupir). Je compris par là qu’il hissait pavillon blanc et qu’il ne restait plus qu’à ménager ses sentiments.
« — Il est vaincu, que je dis. Alignez-vous à droite et à gauche de lui. Nous irons à la boîte sans résistance.
« Le sergent de l’intendance me dit, du haut de son éléphant :
« — Êtes-vous un homme ou un prodige ? qu’il dit.
« — Je suis entre les deux, que je dis, en essayant de me redresser. Et qu’est-ce qui peut bien, que je dis, avoir mis cet animal dans un état aussi scandaleux ? que je dis, la crosse du mousqueton élégamment posée sur ma hanche et la main gauche rabattue comme il sied à un troupier.