Davies y parvint, un centimètre à la fois, et non sans peine. Au bossoir, Judson-Pardieu suivait sur le rivage l’apparition et la disparition successive de certains repères. Il fallut, pour satisfaire Judson, que la canonnière retournât se poster une seconde fois sur la queue du banc, à la place de l’ex-bouée, et reculât de nouveau. Après quoi on remonta le courant pendant une demi-heure, on mouilla dans les petits fonds proches du rivage, et on attendit, avec sur l’ancre une amarre de retenue en double.
— Il me semble, fit respectueusement observer Davies, que j’entends un canon tirer par intervalles, si j’ose dire.
Sans aucun doute il y avait dans l’air un sourd grondement.
— Il me semble, répliqua Judson, que j’entends aussi un bruit d’hélice.
Dix autres minutes s’écoulèrent. Le battement d’une machine devint plus net. Puis au tournant du fleuve surgit une fort élégante canonnière blanche munie d’un pavillon blanc et bleu qui portait à son centre un écusson rouge[34].
[34] Le pavillon portugais.
— Démaillez le guindeau arrière ! Mouillez les deux bouées ! En arrière doucement ! Larguez partout !
L’amarre de retenue en double jaillit du bord, les deux bouées plongèrent dans l’eau, pour marquer l’endroit où on laissait l’ancre et sa chaîne, et la plate reprit le milieu du courant, l’enseigne blanche[35] arborée à son unique mât.
[35] La grande enseigne des navires de guerre britanniques.
— Donnez toute la vapeur. Cet animal est plus rapide que nous, dit Judson. Et en route vers l’aval.