— C’est la guerre… la guerre, sacrédié ! Il va tirer, dit Davies qui regardait par l’écoutille de la machine.
Sans un mot d’explication, la canonnière blanche tira trois coups de canon qui réduisirent en charpie verte les arbres de la rive. Judson-Pardieu tenait la roue, et Davies, avec l’aide du courant, donnait au bateau une allure presque honorable.
Ce fut une chasse palpitante, mais qui ne dura pas plus de cinq minutes. La canonnière blanche tira de nouveau, et dans sa chambre de la machine Davies poussa un cri sauvage.
— Qu’est-ce qui se passe ? Touché ? demanda Judson-Pardieu.
— Non. Je viens de comprendre votre ruse de guerre. Excusez-moi, commandant.
— Ça va. Encore un petit rien de vitesse en plus.
Sans cesser de surveiller ses repères du rivage, qui se mettaient en ligne avec la prestesse de troupes désireuses de l’aider, Judson tourna la roue d’une main ferme. La plate flaira le haut-fond sous elle, hésita un instant, et passa.
— A présent nous y sommes. Venez-y donc, tas de brigands ! s’écria Judson.
La canonnière blanche, trop pressée même pour faire feu, se précipitait en trombe dans le sillage de la plate, gouvernant comme elle. Ce qui lui porta malheur, car le petit bâtiment se trouvait en plein sur l’ex-bouée.
— Qu’est-ce que vous faites par ici ? lança une voix, du bossoir.