Vous admettrez avec moi, tout au moins qu’une telle conduite était bien faite pour conduire un homme au désespoir. On ne la lui demandait pas. C’était puéril, indigne d’une femme. Je soutiens qu’elle était fort à blâmer.
Et pourtant, parfois, dans les nuits noires, hantées par la fièvre et l’insomnie, je me suis pris à penser que j’aurais pu lui témoigner plus de bonté. Mais c’est là réellement une «illusion.»
Il m’aurait été impossible de continuer à feindre que je l’aimais, quand je ne l’aimais plus. Le pouvais-je? Cela eût été déloyal pour tous les deux.
L’année dernière, nous nous rencontrâmes encore, sur le même pied qu’auparavant. Toujours ces appels monotones, toujours mes réponses d’une sèche brièveté.
Je voulus tout au moins lui montrer combien étaient vains, inutiles, ses efforts pour reprendre nos anciennes relations.
La saison s’avançait.
Nous nous séparâmes,—c’est-à-dire qu’elle rencontra des difficultés pour me voir, car j’avais à m’occuper d’affaires tout autres et plus absorbantes.
Quand je pense à loisir à cela dans ma chambre de malade, la saison de 1884 m’apparaît comme un cauchemar confus où la lumière et l’ombre s’entremêlent d’une manière fantastique.
La cour que je faisais à la petite Kitty Mannering, mes espoirs, mes doutes, mes craintes, les longues chevauchées ensemble, l’aveu que je lui fis de ma passion en tremblant, sa réponse, puis par-ci par-là, la vision d’une figure pâle voltigeant dans le rickshaw, avec des livrées noir et blanc que j’avais jadis guettées avec tant d’ardeur, le salut de la main gantée de mistress Wessington, puis dans nos rencontres, en de bien rares tête-à-tête, la fatigante monotonie de ses prières.
J’aimais Kitty Mannering, d’un amour pur, sincère, et à mesure que je l’aimais davantage, j’éprouvais une haine croissante contre Agnès. En août, Kitty et moi nous nous fiançâmes.