Rappelez-vous bien,—quelles que soient les dénégations de mon médecin sur ce point,—que j’étais alors en parfaite santé, que je possédais une intelligence parfaitement équilibrée, que j’avais l’esprit absolument en repos.
Kitty et moi, nous entrâmes ensemble dans le magasin de Hamilton, et là, sans m’inquiéter des autres chalands, je pris mesure à Kitty d’une bague, en présence du commis que cela amusait fort. La bague était un saphir avec deux diamants.
Ensuite nous descendîmes à cheval la pente qui mène au pont de Combermere et chez Peliti.
Pendant que mon poney gallois tâtait prudemment sa route parmi les cailloux roulants et que Kitty, à mes côtés, riait et gazouillait,—pendant que tout Simla, c’est-à-dire tout ce qui était arrivé des plaines, se groupait autour de la salle de lecture et de la vérandah de Peliti,—j’entendis une voix qui m’appelait, par mon nom de baptême, d’une distance qui me semblait immense.
Je crus avoir déjà entendu cette voix-là, mais sans pouvoir d’abord préciser ni l’époque ni l’endroit.
Dans le court espace de temps qu’il faut pour parcourir l’intervalle entre la route qui passe devant le magasin de Hamilton et la première planche du pont de Combermere, j’avais passé en revue une demi-douzaine de personnes capables de commettre un pareil solécisme, et j’avais fini par me persuader que c’était un bourdonnement d’oreilles.
Juste en face du magasin de Peliti, mon regard fut arrêté par la vue de quatre porteurs de chaise, en livrée couleur de pie, qui traînaient un rickshaw à caisse jaune, article de bazar à bon marché.
En un instant ma pensée se reporta à la dernière saison et à mistress Wessington, avec une sensation d’irritation et de répugnance.
N’était-ce pas suffisant que cette femme fût morte, que tout fût fini? Ne fallait-il pas encore que ses serviteurs en noir et blanc reparussent pour me gâter cette heureuse journée?
Au service de qui étaient-ils maintenant?