Si vous vous fâchez, il vous parlera d’un sahib défunt et enterré il y a quelque trente ans, et il vous dira que quand il était au service du sahib, pas un khansamah de la province ne l’égalait.
Après quoi il bafouille, il grimace, il tremblote, il s’agite parmi les plats et vous regrettez votre irritation.
Il n’y a pas longtemps, mes obligations m’imposaient la fréquentation des bungalows où sont les relais de poste.
Je ne passais jamais trois nuits de suite dans la même maison et j’en vins à connaître à fond toute la séquelle.
J’ai habité ceux qui ont été construits par le gouvernement, avec des murs de briques rouges et des plafonds en charpente de fer, avec l’inventaire du mobilier affiché dans chaque chambre, et, sur le seuil, un cobra surexcité, pour vous souhaiter la bienvenue.
J’ai habité ceux qui ont été «appropriés», de vieilles maisons affectées au service des bungalows, où rien n’était à sa place et où on n’avait pas même un poulet pour dîner.
J’ai habité des palais réformés, où le vent soufflait à travers la façade de marbre ouvragé d’une façon tout aussi opposée au confort que s’il avait soufflé par une vitre brisée.
J’ai habité des bungalows où la dernière inscription sur le registre des voyageurs remontait à quinze mois et où on coupait avec un sabre la tête au chevreau qui devait être accommodé au curry.
Ma bonne fortune m’y a fait rencontrer des gens de toute sorte, depuis les missionnaires voyageurs aux manières réservées, depuis les déserteurs des régiments anglais, jusqu’aux vagabonds ivres, qui jetaient des bouteilles de whisky sur tous les passants, et la fortune, plus favorable encore, m’a fait échapper à une séance d’accouchement.
Étant donné qu’une bonne partie de la tragédie qu’est notre vie, se passait dans ces bungalows, je m’étonnais de n’avoir point rencontré de fantômes.