J’avais vu son portrait en gravure sur acier un mois auparavant, en tête d’un des volumes de ses Mémoires (et je me sentis plus vieux qu’Hérode).
Le jour tomba et le Khansamah vint m’apporter à manger. Il ne se risqua pas à prétendre que ce qu’il m’offrait était khana (de la nourriture humaine); il appela cela ratub, et ratub signifie entre autres choses «pâtée pour les chiens».
Il n’avait nullement l’intention de m’insulter en choisissant ce terme; il avait oublié l’autre mot, je suppose.
Pendant qu’il découpait les corps de divers animaux, je m’installai, non sans avoir exploré le bungalow.
Il y avait trois chambres, sans compter la mienne, qui consistait en un chenil angulaire, et chacune de ces chambres donnait dans l’autre par des portes d’un blanc enfumé, qu’assujettissaient de longues barres de fer.
Le bungalow était très solide, mais les murs de séparation des chambres étaient si légers qu’on les eut crus bâtis de bois pourris.
Quand on marchait, qu’on remuait une malle, le bruit se répercutait en écho de ma chambre aux trois autres et les murs les plus éloignés renvoyaient, en une vibration tremblante, le son des pas.
Cela me décida à fermer ma porte.
Il n’y avait pas de lampes, rien que des bougies sous de longs abat-jour en verre. Une veilleuse à huile était suspendue dans la salle de bains. Avec son aspect d’irrémédiable misère, ce bungalow était le plus répugnant de tous ceux où il m’était arrivé de m’arrêter.
Il n’y avait pas de foyer et les fenêtres refusaient de s’ouvrir. Un brasero de charbon de bois eut donc été inutilisable. La pluie et le vent éclaboussaient, gazouillaient, gémissaient autour de la maison.