A la fin des pluies, les façons de Boulte à l’égard de sa femme se modifièrent.

C’était devenu une affection démonstrative.

Ils avaient douze ans de mariage: ce changement abasourdit mistress Boulte. Elle haïssait son mari de toute la haine d’une femme qui n’a jamais reçu de son compagnon que des preuves de bonté, et qui, malgré ces bontés, s’est mal conduite envers lui.

En outre, elle avait assez affaire à tenir tête, à monter la garde pour défendre son bien: son Kurrell.

Pendant deux mois, les pluies avaient rendu les collines de Dosheri invisibles, ainsi que bon nombre d’autres choses.

Mais quand elles eurent pris fin, mistress Boulte put voir que son homme, l’homme par excellence, son Ted (elle l’appelait Ted au temps jadis, lorsque Boulte était trop loin pour entendre), son Ted glissait peu à peu hors des chaînes de l’esclavage.

—La femme à Vansuythen s’est emparée de lui, se dit mistress Boulte.

Et quand Boulte fut parti, elle pleura sur sa conviction, malgré les protestations exagérées de fidélité que prodiguait Ted.

A Kashima les peines de cœur donnent autant de bonheur que l’amour, car il n’y a pour les affaiblir aucune autre ressource que le vol du temps.

Mistress Boulte n’avait pas soufflé mot à Kurrell de ses soupçons, car elle n’avait pas une absolue certitude et sa nature exigeait qu’elle fût absolument certaine avant d’engager une démarche quelconque.