—Mais sur mon honneur, sur mon âme et sur mon honneur, je vous jure qu’elle n’a aucune affection pour moi. Elle me l’a dit hier soir. Je vous l’aurais dit alors si Vansuythen n’avait pas été avec vous. Si c’est à cause d’elle que vous ne voulez rien me dire, vous pouvez être tranquille; c’est Kurrell...
—Comment! dit mistress Vansuythen avec un petit rire convulsif, Kurrell! Oh! non, ce n’est pas possible. Vous aurez dû commettre quelque horrible méprise. Peut-être avez-vous perdu votre sang-froid, ou mal entendu, ou quelque chose de ce genre. Les choses ne peuvent être aussi mal que vous le dites.
Mistress Vansuythen avait changé son système de défense, pour empêcher son interlocuteur à se livrer à un plaidoyer en règle, et faisait des efforts désespérés pour lui ménager une sortie de côté.
—Il doit y avoir quelque méprise, insista-t-elle, et tout pourra s’arranger.
Boulte eut un rire sauvage.
—Ce ne peut pas être le capitaine Kurrell! Il m’a dit qu’il n’avait jamais songé, pas le moins du monde songé à votre femme, monsieur Boulte. Oh! écoutez donc! Il a dit qu’il n’y avait point songé, il l’a juré, dit mistress Vansuythen.
Le purdah s’agita, et l’entretien fut interrompu par l’entrée d’une petite femme maigre, aux yeux largement cernés.
Mistress Vansuythen se dressa, la voix coupée:
—Qu’est-ce que vous disiez? demanda mistress Boulte. Ne vous inquiétez pas de cet homme. Que vous a-t-il dit, Ted? Que vous a-t-il dit? Que vous a-t-il dit?
Mistress Vansuythen se laissa aller désespérément sur le sofa, vaincue par l’agitation de la femme qui l’interrogeait.