A sa société sans doute furent admis les sages qui, à cette époque, formaient cette pléiade si célèbre dans laquelle on voyait briller les Thalès, les Cléobule, les Anacharsis, etc., et peut-être Thespis, l'inventeur de la tragédie à ses premiers essais.
C'est ainsi que tous ces philosophes, tous ces génies qui se réunissaient chez Sapho, en compagnie des femmes célèbres, ses contemporaines, la plupart ses élèves, les Mégara, les Cydno, les Erynne, etc., préludaient au fameux siècle de Périclès, et en préparaient merveilleusement la splendeur.
Telle était Sapho, femme adorable, dépouillée du romanesque dont on a voulu l'entourer. Je réhabilite Sapho; je ne la dépoétise pas. Perdrait-elle de son prestige? Faut-il penser encore, comme au siècle où la dépravation avait son culte, que la folie et le désordre des passions puissent seuls poétiser un nom glorieux? Elle n'a point de rivale dans l'antiquité; elle n'en a point dans nos temps modernes, quoiqu'il ait paru, parmi nous, beaucoup de femmes d'un grand mérite, et qui ont exercé une grande influence autour d'elles. Rien ne peut être comparé à Sapho.
Ses concitoyens, jaloux d'un mérite aussi éminent et fiers d'une gloire aussi grande, la comblèrent de distinctions, et lui rendirent des honneurs presque divins. On lui éleva des temples, et on frappa des monnaies à son effigie.
Pour mériter de pareils honneurs, il faut bien que ses écrits lui eussent acquis une gloire immense. Si l'on doit s'en rapporter à certains écrivains de l'antiquité, il paraîtrait qu'elle s'était livrée à tous les genres de poésie; mais son plus beau titre de gloire, c'est le recueil de ses odes. Elle en avait composé neuf livres, qu'elle avait consacrés à chacune des neuf Muses.
Je m'applaudis d'avoir pu faire renaître, à son exemple, cette classification, qui était pour Sapho un titre si glorieux et qui devait flatter son cœur.
Elle avait aussi inventé un instrument de musique, nommé pectis, dont la forme et l'usage nous sont restés inconnus.
Anacréon s'en est servi. Elle a inventé le vers saphique et le vers éolique, ainsi qu'une espèce d'harmonie pour le chant.
De tous ses ouvrages, il n'est parvenu jusqu'à nous que deux odes importantes. La première, l'hymne à Vénus, nous a été transmise par Denys d'Halicarnasse, illustre rhéteur qui, dans un commentaire, en fait ressortir toutes les beautés. La seconde, adressée à une amie, nous a été révélée par Longin, qui s'en est servi comme exemple dans son Traité du sublime.
Outre ces deux odes, il nous reste encore d'elle une quantité de fragments qui ont été recueillis dans les œuvres de plusieurs auteurs et dans l'Anthologie, où ils se trouvaient épars.