—Et maintenant, Klement, tu vas me faire un plaisir, poursuivit le vieux monsieur. Je n’ai plus le temps de causer avec toi, mais je t’enverrai un livre sur Stockholm, que tu liras. Je t’ai pour ainsi dire fait assister à la fondation de Stockholm. Tu étudieras toi-même comment la ville s’est développée, comment l’étroite petite cité, ceinte de remparts, s’est transformée en cette vaste mer de maisons que nous voyons à nos pieds! Lis dans le livre comment le lourd donjon a cédé la place au beau et clair château en face de nous, comment l’église des Frères Gris est devenue la sépulture des rois de Suède. Lis dans le livre comment les jardins des maraîchers au sud et au nord de la ville sont devenus de beaux jardins et des quartiers habités, comment les détroits ont été comblés et les collines aplanies. Lis dans le livre comment le parc des rois a été transformé en un lieu de plaisance aimé du peuple. Tu dois te familiariser avec la ville, Klement! Car cette ville n’appartient pas aux seuls Stockholmiens. Elle t’appartient à toi et à toute la Suède.
Rappelle-toi, Klement, en lisant l’histoire de Stockholm, ce que je t’ai dit: Stockholm a le pouvoir d’attirer tout le monde. D’abord le roi s’est installé ici, puis les hauts seigneurs y bâtirent leurs palais! Et maintenant Stockholm ne s’appartient point seulement à lui-même non plus qu’à la région environnante, il appartient à tout le royaume.
Et lorsque tu entendras parler dans ton livre de toutes les choses qui sont réunies à Stockholm, Klement, pense aussi à ce qu’on a rassemblé ici au Skansen! Voici de vieilles maisons. On danse ici les danses anciennes; voici de vieux costumes, de vieux ustensiles de ménage. Ici vivent des ménétriers et des conteurs de sagas et de contes de fées. Toutes les choses bonnes et vieilles, Stockholm les a attirées au Skansen pour les glorifier et les remettre en honneur parmi le peuple.
Mais surtout, Klement, pour lire ton livre, il faut t’asseoir ici sur la hauteur! Il faut que tu voies l’allégresse des vagues joueuses, et la beauté de ces rives étincelantes. Il faut être sous le charme, Klement!
Le beau vieux monsieur avait élevé le ton; sa voix résonnait, forte et impérieuse, et ses yeux jetaient des éclairs. Il se dressa et quitta Klement avec un petit signe de la main. Et Klement comprit que celui qui lui avait parlé était un très grand seigneur. Il s’inclina profondément.
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Le lendemain un laquais royal apporta à Klement un gros livre rouge et une lettre. Et la lettre disait que le livre venait du roi.
Après cet événement le petit Klement Larsson eut pendant plusieurs jours la tête à l’envers. Au bout d’une semaine, il alla donner sa démission au directeur. Il était forcé de retourner dans son pays.
—Et pourquoi? demanda le directeur. Tu ne te plais donc pas ici?
—Bien sûr que je m’y plais maintenant, mais il faut que je rentre.