On se serra en riant pour faire place dans l’étroite tente à l’ouvrier et à la fillette. L’homme commença à causer vivement avec les Lapons dans leur langue. La fillette, qui ne comprenait rien à la conversation, regardait curieusement la marmite et la cafetière, le feu et la fumée, les Lapons et les Laponnes, les enfants et les chiens, les murs de toile et les peaux qui couvraient le sol, les pipes des hommes, les vêtements bariolés et les ustensiles sculptés. Tout était nouveau pour elle.

Tout à coup elle dut baisser les yeux, car tous les regards la cherchaient. Söderberg avait sans doute parlé d’elle, car hommes et femmes, retirant leur courte pipe des lèvres, la fixèrent. Celui d’entre les Lapons qui était assis à côté d’elle, lui donna une petite tape amicale sur l’épaule en disant en suédois: «Bien! Bien!» Une Laponne lui versa une pleine tasse de café qu’on lui passa de mains en mains, et un petit gamin, à peu près de son âge, se glissa jusqu’à elle en rampant et en escaladant les gens assis, puis il s’étendit par terre sans la quitter des yeux.

La fillette comprenait que Söderberg racontait son histoire et qu’elle avait fait des obsèques solennelles à son frère le petit Mats. Elle aurait voulu qu’il parlât moins d’elle et plus de son père. Elle avait entendu dire qu’il vivait parmi les Lapons à l’ouest du Luossajaure, et elle était venue avec le train de Gellivare à Kiruna. Là tout le monde avait été très bon pour elle. Un ingénieur avait envoyé Söderberg, qui parlait le lapon, avec elle jusqu’à l’autre rive du lac pour chercher le père. Elle avait espéré le trouver dès son arrivée, et le cœur battant elle avait parcouru du regard tous les visages en entrant sous la tente. Son père n’y était pas.

Elle vit que Söderberg devenait de plus en plus grave en parlant avec les Lapons. Ceux-ci hochaient la tête et se frappaient à plusieurs reprises le front avec l’index comme en parlant d’un homme qui n’a pas sa raison. A la fin, elle fut trop inquiète pour attendre, et demanda à Söderberg ce que les Lapons disaient.

—Ils disent qu’il est allé à la pêche. Ils ne savent pas s’il reviendra ici ce soir, mais dès qu’il fera un meilleur temps, on ira le chercher.

Puis Söderberg se tourna vivement de nouveau vers les Lapons et reprit la conversation. Il était évident qu’il évitait de parler de Jon Assarsson.

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C’était le matin et le temps s’était remis au beau. Ola Serka lui-même, le premier d’entre les Lapons, avait promis d’aller à la recherche de Jon Assarsson, mais il ne se hâtait point. Accroupi devant la hutte, il réfléchissait à la façon d’annoncer à ce père que sa fille était venue. Il s’agissait de ne point l’inquiéter, car il était très étrange et fuyait les enfants. Il disait lui-même qu’il ne pouvait les voir sans être pris de pensées sombres.

Pendant qu’Ola réfléchissait, Asa la gardeuse d’oies, et Aslak, le jeune Lapon qui la veille l’avait tant regardée, causaient. Aslak, qui avait fréquenté l’école, parlait suédois. Il racontait à Asa des traits de la vie du peuple lapon, les Sames, lui assurant que nul peuple n’avait une existence plus heureuse. Asa déclara très franchement qu’elle trouvait terrible de vivre à la façon laponne.

—Si je restais seulement une semaine ici, je serais étouffée par la fumée!