Ah! oui, il était heureux d’être en route pour la Scanie! Il agita sa casquette en voyant la première forêt de sapins; il salua d’un hourrah les premières maisonnettes grises de colons, les premières chèvres, le premier chat, les premières poules. Il passait au-dessus de superbes cascades et voyait à sa droite de hauts pics de fjells, mais à peine les regarda-t-il. Ce fut autre chose lorsqu’il aperçut la chapelle de Kvickjock avec le petit presbytère et le petit village autour de la chapelle. Cette vue lui parut si belle qu’il eut les larmes aux yeux.

A chaque instant on croisait des oiseaux de passage en groupes plus nombreux qu’au printemps. «Où allez-vous, oies sauvages? demandaient les oiseaux. Où allez-vous?»

—Nous allons à l’étranger comme vous, répondaient les oies. Nous allons à l’étranger.

—Mais vos petits ne sont pas assez forts, criaient les autres. Jamais ils ne franchiront la mer avec des ailes aussi faibles.

Les rennes et les Lapons étaient eux aussi en train de quitter les fjells. Ils descendaient en bon ordre: un Lapon ouvrait la marche, puis venait le troupeau, les grands taureaux en tête, puis une rangée de rennes de somme chargés des tentes et des bagages, et enfin, sept ou huit personnes fermaient le cortège. Les oies sauvages s’abaissaient un peu en voyant les rennes pour leur crier: «Au revoir! A l’été prochain! A l’été prochain!»

—Bon voyage et bon retour parmi nous, répondaient les rennes.

Mais les ours, en voyant les oies, les montraient aux oursons en grognant: «Voyez-vous ces peureuses qui craignent un peu de froid, et qui n’osent pas rester chez elles en hiver!» Les vieilles oies ne restaient pas à court de réponse: «Voyez-vous ces fainéants qui aiment mieux dormir la moitié de l’année que de se donner la peine d’émigrer!»

Dans les forêts de sapins les jeunes coqs de bruyères se blottissaient les uns contre les autres, hérissés et transis, regardant avec envie toutes ces bandes d’oiseaux qui avec des cris d’allégresse se rendaient vers le sud. «Quand sera-ce notre tour? demandaient-ils à leur mère. Quand sera-ce notre tour?»

—Vous resterez ici auprès de votre père et de votre mère, répondait la poule. Vous resterez ici chez père et mère.

LE MONT ŒSTBERG