Nils secoua la tête. «Jamais je ne serai assez riche pour acheter un seul mètre de cette étoffe», pensa-t-il.
On l’avait maintenant aperçu dans toutes les boutiques de la rue. Partout où il portait ses regards, un marchand lui faisait des signes. Ils quittaient leurs riches clients et ne s’occupaient que de lui. Il les vit se précipiter vers les coins les plus reculés de leurs boutiques et en retirer leurs plus précieuses marchandises; leurs mains tremblaient d’empressement et de hâte, lorsqu’ils les étalaient sur le comptoir.
Comme Nils faisait mine de continuer son chemin, l’un deux s’élança dehors, courut à lui et déposa à ses pieds une pièce de tissu d’argent et des tapisseries où scintillaient des couleurs ardentes. Nils ne put s’empêcher de rire. Le marchand croyait-il donc qu’un pauvre diable comme lui pouvait acheter de pareilles choses? Il s’arrêta et tendit ses deux mains vides pour faire comprendre qu’il ne possédait rien et qu’on devait le laisser tranquille.
Le marchand ne voulut rien savoir: il leva un doigt, agita la tête et poussa vers Nils tout ce tas de richesses.
«Est-ce possible qu’il vende tout cela pour une seule pièce d’or?» se demandait Nils.
Le marchand tira de sa bourse une méchante petite monnaie usée, la plus petite possible, et la montra à Nils. Et dans son désir de vendre, il ajouta encore au tas de marchandises deux grands et lourds gobelets d’argent.
Interdit, Nils commença à fouiller ses poches. Il savait bien qu’il n’avait pas un liard, mais il ne put s’empêcher de s’en assurer.
Tous les autres marchands tendaient le cou pour voir le résultat de cette démarche; dès qu’ils virent le gamin chercher dans ses poches, ils s’élancèrent eux aussi par-dessus leurs comptoirs, les mains chargées de bijoux d’or et d’argent qu’ils lui offraient. Et tous ils lui faisaient comprendre qu’ils ne demandaient en échange qu’un seul petit sou.
Mais le gamin dut retourner les poches de sa veste et de son pantalon pour leur montrer qu’il n’avait rien. Alors ils eurent les larmes aux yeux de déception, tous ces riches marchands! Nils fut si touché de leur désolation et de leur mine angoissée qu’il se creusa la tête pour savoir comment les aider. Tout à coup il se rappela la petite monnaie rongée de vert-de-gris qu’il avait vue sur la grève.
Il se mit à courir, et la chance le guida: il retrouva la porte par où il était entré. Il sortit de la ville, se retrouva sur la grève et commença à chercher le petit sou de cuivre.