Il le trouva en effet, mais lorsqu’il l’eut ramassé et voulut retourner dans la ville, il ne vit que la mer devant lui. Point de rempart, point de porte, pas de gardiens, pas de rues, pas de maisons, rien que la mer.

Le gamin ne put retenir ses larmes.

A ce moment M. Ermenrich se réveilla et s’approcha de lui. Nils ne l’entendit pas, et la cigogne dut le pousser du bec pour attirer son attention.

—Je crois que tu dors, comme moi, dit-elle.

—Ah! monsieur Ermenrich! s’écria Nils. Quelle est cette ville qui était ici tout à l’heure?

—Tu as vu une ville? dit la cigogne. Tu as dormi et rêvé, c’est bien ce que j’ai dit.

—Non, je n’ai pas rêvé, affirma Nils, et il raconta ce qu’il avait vu.

M. Ermenrich l’écouta, puis il dit:

—Pour ma part, Poucet, je crois que tu t’es endormi ici sur la grève et que tu as rêvé. Mais je ne te dissimulerai pas que Bataki, le corbeau, qui est le plus savant des oiseaux, m’a une fois raconté qu’il y aurait eu jadis ici au bord de l’eau une ville appelée Vineta. Elle était si opulente et si heureuse que jamais cité ne fut plus magnifique; malheureusement ses habitants s’adonnèrent au luxe et à l’arrogance. En punition la ville de Vineta aurait été submergée par une violente marée et engloutie par la mer, à ce que Bataki prétend. Mais ses habitants ne peuvent pas mourir, et leur ville ne disparaît pas non plus. Une nuit tous les cent ans elle surgit des flots dans toute sa splendeur, et reste à la surface de la terre pendant une heure.

—Oui, il faut que ce soit vrai, dit Nils, car je l’ai vue.