—Mais l’heure écoulée, la ville s’enfonce de nouveau dans la mer, à moins toutefois qu’un des marchands de Vineta ait pu vendre quelque chose à un être vivant. Si tu avais eu la moindre petite monnaie, Poucet, pour payer les marchands, Vineta serait restée ici sur la terre, et ses habitants auraient pu vivre et mourir comme les autres mortels.
—Monsieur Ermenrich, dit Nils, je comprends maintenant pourquoi vous êtes venu me chercher au milieu de la nuit. C’est parce que vous avez pensé que je pourrais sauver la vieille ville. Je suis très triste que votre plan ait échoué, monsieur Ermenrich.
Il mit ses mains sur ses yeux et éclata en sanglots. On n’aurait pu dire qui avait l’air le plus désolé, du gamin ou de M. Ermenrich.
LA VILLE VIVANTE
Lundi, 11 avril.
Le lundi de Pâques, les oies sauvages et Poucet volaient dans la soirée au-dessus de Gottland.
La grande île s’étendait sous eux, unie et plate. La terre était divisée en carreaux comme en Scanie, et il y avait beaucoup d’églises et de fermes. Mais ici les petits bois entre les champs étaient plus nombreux; il n’y avait nulle part de châteaux avec des tours et de vastes parcs comme en Scanie.
Les oies sauvages avaient choisi la route de Gottland à cause de Poucet. Depuis deux jours il n’était plus le même et n’avait pas dit un seul mot gai; il songeait toujours à la ville qui lui était apparue si mystérieusement. Il n’avait jamais rien vu d’aussi beau et il se désolait de n’avoir pu la sauver.
Akka et le grand jars essayaient en vain de persuader à Nils qu’il avait été victime d’un rêve ou d’un mirage, mais il ne voulait rien entendre. Il était si sûr d’avoir bien réellement vu ce qu’il avait vu! Personne ne put le convaincre. Il persistait dans sa tristesse au point que ses camarades de voyage commencèrent à s’inquiéter.
Au moment où Nils était le plus désolé, la vieille Kaksi rejoignit enfin la bande. Elle avait été jetée par la tempête sur Gottland et avait traversé l’île dans toute son étendue; quelques corneilles lui avaient enfin appris que ses camarades se trouvaient à la Petite île Karl. En apprenant le sujet de la tristesse de Nils, elle s’écria: