Le renard parla alors aux corneilles de Poucet, affirmant qu’il serait capable d’ouvrir la cruche, si elles pouvaient le faire venir. En échange de son bon conseil, le renard exigeait que les corneilles lui livrassent Poucet, après qu’il leur aurait rendu ce service. Les corneilles, qui n’avaient aucune raison d’épargner Poucet, acceptèrent la proposition.

Mais le plus difficile n’était pas fait: il fallait trouver les oies sauvages et Poucet. La Rafale se mit en route lui-même, accompagné de cinquante corneilles; il promettait d’être bientôt de retour. Mais les journées passèrent sans que les corneilles le vissent revenir.

ENLEVÉ PAR LES CORNEILLES

Mercredi, 13 avril.

Les oies sauvages s’étaient réveillées dès l’aube pour manger un peu avant d’entreprendre la traversée de l’Ostrogothie. L’îlot où elles avaient dormi était étroit et nu, mais dans l’eau qui le baignait il y avait assez de plantes pour qu’elles pussent se rassasier. Le gamin était moins heureux: il avait beau chercher, il ne pouvait rien découvrir de mangeable.

Affamé, transi par le froid du matin, il regardait autour de lui, lorsque ses yeux rencontrèrent deux écureuils qui jouaient dans les arbres sur une pointe de terre en face de l’île. Pensant que les écureuils n’avaient peut-être pas épuisé leurs provisions d’hiver, Nils pria le jars de le transporter à terre pour leur demander quelques noisettes.

Le jars blanc obéit bien vite, mais par malheur les écureuils étaient si occupés de leur jeu, qu’ils n’écoutèrent pas le gamin. Sautant d’arbre en arbre, ils s’enfoncèrent de plus en plus dans le bois. Nils les suivit et perdit bientôt de vue le jars qui était resté au bord de l’eau.

Poucet avançait péniblement entre des plants d’anémones blanches qui lui allaient jusqu’au menton, lorsque, tout à coup, il se sentit saisir par derrière: quelqu’un essayait de le soulever. Il se retourna et vit une corneille. La corneille l’avait attrapé par le col de sa chemise. Nils se débattit, mais une seconde corneille arriva à la rescousse, l’attrapa par un de ses bas et le fit culbuter.

Si Nils Holgersson avait immédiatement appelé au secours, le jars blanc aurait certes pu l’arracher aux corneilles, mais le gamin pensa qu’il était de taille à se débarrasser seul de deux corneilles. Il donnait des coups de pied, frappait, mais les corneilles ne lâchèrent point prise et réussirent à s’enlever en l’air avec lui. Elles s’y prirent si imprudemment, que la tête de Nils cogna contre un arbre. Sous la violence du coup sa vue se troubla et il perdit connaissance.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était loin de la terre. Il revint lentement à lui et d’abord ne comprit ni où il était ni ce qui s’était passé. Au-dessous de lui s’étendait comme un gros tapis laineux, tissé de brun et de vert, et qui paraissait déchiré et abîmé; sous les déchirures et les trous brillait du verre poli: on eût dit que le tapis était étendu sur une glace.